Chorus Pro est le portail par lequel passent les factures adressées à l’État, aux collectivités et aux établissements publics. Depuis le 1er septembre 2026, beaucoup d’entreprises le redécouvrent en cherchant comment recevoir leurs factures électroniques, et c’est là que naît la confusion : Chorus Pro sert à facturer un client public, pas à recevoir les factures de vos fournisseurs. Pour ce second usage, la réforme a prévu un autre circuit, décrit dans notre guide de la réforme 2026 pour les PME. Voici ce que fait Chorus Pro aujourd’hui, comment s’y inscrire, et où se trouve réellement votre boîte de réception.
- Chorus Pro en 2026 : un portail inchangé dans son rôle
- Ce que la réforme change quand même pour vos factures publiques
- S’inscrire sur Chorus Pro en quatre étapes
- Déposer une facture : les trois informations à obtenir de l’acheteur
- Recevoir ses factures : ce n’est pas le rôle de Chorus Pro
Chorus Pro en 2026 : un portail inchangé dans son rôle
L’obligation de facturer électroniquement le secteur public est antérieure à la réforme. Elle date de l’ordonnance n° 2014-697 du 26 juin 2014 et s’est étendue par vagues, des grandes entreprises en 2017 jusqu’aux microentreprises au 1er janvier 2020. Elle figure aujourd’hui aux articles L2192-1 et suivants du Code de la commande publique : les titulaires de marchés publics transmettent leurs factures sous forme électronique, et les personnes publiques les acceptent sous cette forme.
L’article L2192-5 prévoit pour cela une « solution mutualisée » mise à disposition par l’État et appelée, dans le code, « portail public de facturation ». C’est Chorus Pro, exploité par l’AIFE, l’Agence pour l’informatique financière de l’État. L’article R2192-3 ajoute que son utilisation est « exclusive de tout autre mode de transmission ». Un fournisseur qui envoie sa facture par courriel à une mairie ne s’acquitte donc pas de son obligation, et l’acheteur peut la rejeter après l’avoir invité à passer par le portail.
Le volume dit l’ampleur de l’outil : l’AIFE a annoncé avoir dépassé en 2024 le cap des 80 millions de factures traitées par Chorus Pro sur l’année (communauté Chorus Pro). Notre fiche de glossaire sur Chorus Pro en donne la définition courte.
Une homonymie qui piège
Le Code de la commande publique appelle Chorus Pro « portail public de facturation ». Le CGI employait la même expression pour l’infrastructure de la réforme entre entreprises, ce qui a nourri des années de malentendus. Le décret n° 2026-677 du 27 juillet 2026, publié au Journal officiel du 28 juillet, a fait le ménage côté fiscal : dans l’annexe II du CGI, l’intitulé « Le portail public de facturation » devient « L’annuaire central et la transmission des données à l’administration ». Le portail public de facturation au sens de la réforme n’est donc plus un canal d’échange de factures. Chorus Pro, lui, reste le portail du secteur public.
Ce que la réforme change quand même pour vos factures publiques
Deux évolutions touchent les fournisseurs du public. L’administration fiscale les résume dans la question 11.1 de sa FAQ « Je découvre la facturation électronique », version du 1er septembre 2026.
La première porte sur le contenu. L’article R2192-4 du Code de la commande publique, créé par le décret n° 2022-1299 du 7 octobre 2022, rend applicables aux factures échangées avec les personnes publiques les dispositions de l’annexe II du CGI relatives aux factures électroniques, articles 242 nonies A à 242 nonies L et 242 nonies P. Ces dispositions s’appliquent à compter du 1er septembre 2026, avec un report au 1er septembre 2027 pour les catégories d’entreprises que le décret désigne. La FAQ le dit en une phrase : depuis le 1er septembre 2026, les obligations de facturation vers une entité publique sont « identiques au cadre prévu pour les échanges inter-entreprises », formats et données structurées compris. La facture adressée à un hôpital obéit donc aux mêmes exigences que celle adressée à une entreprise.
La seconde porte sur le canal. La FAQ ouvre deux voies aux fournisseurs du public : transmettre leurs factures par une plateforme agréée raccordée à Chorus Pro, ou continuer à utiliser les formats actuels de Chorus Pro (saisie, dépôt sur le portail, API, EDI). La première est présentée comme « la cible du dispositif », avec un seul canal de facturation quel que soit le client. La seconde « a vocation à être provisoire ».
Le raccordement n’est pas une promesse commerciale. Pour être immatriculée, une plateforme agréée doit produire des comptes rendus de tests établissant son interopérabilité avec l’annuaire central, avec la solution de l’administration, et avec « la solution mutualisée prévue au premier alinéa de l’article L. 2192-5 du code de la commande publique », c’est-à-dire Chorus Pro. C’est le d du 7° du I de l’article 242 nonies B de l’annexe II au CGI, dans sa rédaction issue du décret du 27 juillet 2026. Une entreprise qui facture à la fois des clients privés et publics a donc intérêt à faire passer les deux flux par sa plateforme agréée. Le compte Chorus Pro garde son utilité pendant la transition, et pour suivre le traitement des factures déposées.
S’inscrire sur Chorus Pro en quatre étapes
L’AIFE résume l’inscription dans sa fiche pratique « Créer un compte en quelques clics ». Tout se passe sur chorus-pro.gouv.fr.
- Identifiez-vous. Saisissez l’adresse électronique qui servira d’identifiant et le SIRET de votre entreprise.
- Complétez la fiche. Les champs de la structure sont préremplis à partir de la base de l’INSEE et restent modifiables. La fonctionnalité « Déposer des demandes de paiement » est cochée par défaut : c’est elle qui permet de transmettre des factures.
- Ouvrez vos espaces de travail. « Sollicitations émises » et « Factures émises » sont activés d’office. Vous pouvez en ouvrir d’autres selon vos besoins.
- Activez le compte. Un courriel d’activation arrive dans la foulée, avec une durée de validité limitée. Le lien mène au choix du mot de passe et de la question secrète.
Un point bloque souvent : un SIRET ne peut avoir qu’une seule fiche structure. Le premier inscrit en devient le gestionnaire principal. Si un collègue a déjà créé la structure, il ne faut pas la recréer mais demander son rattachement, depuis le domaine « Utilisateurs », comme le rappelle la notice fournisseurs du CNRS.
Déposer une facture : les trois informations à obtenir de l’acheteur
La plupart des rejets ne tiennent pas au format mais à l’adressage. Avant de déposer, réunissez trois données, que l’acheteur public doit vous communiquer sur le bon de commande ou à la notification du marché :
- le SIRET de la structure destinataire, celui que l’acheteur a déclaré pour la réception ;
- le code service, quand l’acheteur en a paramétré un pour identifier le service qui a commandé ;
- la référence d’engagement juridique, souvent le numéro de bon de commande, et le cas échéant le numéro de marché.
La notice du CNRS en donne un exemple concret : un seul SIRET autorisé pour tout l’organisme, puis un code service et un numéro d’engagement repris du bon de commande.
Pour la transmission elle-même, Chorus Pro propose trois modes.
| Mode | Ce qu’il permet | Pour qui |
|---|---|---|
| Portail | Saisie manuelle d’un formulaire, ou dépôt de factures en PDF ou en format mixte (XML et PDF), à l’unité ou en lot | Volumes modestes, sans développement |
| Service (API) | Les fonctions du portail appelées depuis votre logiciel de facturation | Éditeurs et ERP déjà raccordés |
| EDI | Flux structurés transmis en direct ou via un opérateur | Gros volumes, après développement d’une interface |
Une fois la facture déposée, le portail affiche son cycle de vie jusqu’à la mise en paiement. Un dépôt mal adressé revient en rejet, et chaque aller-retour repousse d’autant votre encaissement.
Recevoir ses factures : ce n’est pas le rôle de Chorus Pro
Les espaces « Factures reçues » de Chorus Pro existent, mais ils servent aux entités publiques. La FAQ officielle le confirme : Chorus Pro est « la plateforme unique des entités publiques » pour la réception, et elle sert aussi à émettre les factures des entités publiques assujetties vers les autres entreprises. Une entreprise privée n’y recevra pas les factures de son expert-comptable, de son transporteur ou de son hôtelier.
Pour ces factures-là, la règle est fixée par la même FAQ : depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie reçoit ses factures par l’intermédiaire d’une plateforme agréée, qu’elle désigne dans l’annuaire géré par l’administration. Cette obligation de réception vaut pour toutes les tailles d’entreprise, dès maintenant. L’émission suit son propre calendrier, au 1er septembre 2027 pour les PME et les microentreprises.
En pratique, une entreprise qui travaille avec des clients publics tient donc deux registres :
- en émission vers le public, Chorus Pro, en direct pendant la transition ou, à terme, par l’intermédiaire de sa plateforme agréée ;
- en réception, une plateforme agréée déclarée dans l’annuaire des destinataires, par laquelle arrivent toutes ses factures fournisseurs.
Si vous n’avez pas encore choisi cette plateforme de réception, c’est le chantier prioritaire, avant même de toucher à votre compte Chorus Pro. Notre comparatif PPF ou plateforme agréée pose les critères. Et pour les dépenses qui n’arrivent jamais sous forme de facture, tickets de caisse, péages, notes de restaurant, notre service de réception et de collecte des factures fournisseurs au format électronique prend le relais.
Passez à l’action
Vos factures fournisseurs arrivent-elles toutes au bon endroit ?
Une démo sur vos dépenses réelles : nous regardons ce qui entre déjà par une plateforme agréée et ce qui reste en ticket ou en PDF.
Textes et sources
- Code de la commande publique, articles L2192-1 à L2192-7 et R2192-3, R2192-4 (Légifrance).
- Décret n° 2026-677 du 27 juillet 2026 relatif à la généralisation de la facturation électronique, article 3 (Journal officiel du 28 juillet 2026).
- AIFE, fiche pratique « Créer un compte en quelques clics ».
- CNRS, « Dématérialisation des factures des fournisseurs du secteur public », notice fournisseurs.
- DGFiP, FAQ « Je découvre la facturation électronique », version du 1er septembre 2026, questions 2.1, 5.1, 11.1 et 11.2 (impots.gouv.fr).